L’ARE a pour objectif principal de contribuer à faciliter - au travers de ses travaux ou de ceux de ses membres – la restructuration, la survie et ultimement le retour à la rentabilité des entreprises.
Or, le monde de la restructuration financière en France connaît l’évolution la plus importante de ces trente dernières années. Traditionnellement, la renégociation de l’endettement – policée par un ensemble de règles et d’usages éprouvés et partagés – réunissait autour d’une table de négociation – avec l’assistance de conseils – les banquiers de l’entreprise et, dans certains cas, les organismes sociaux et fiscaux.
L’environnement financier qui avait prévalu à cet équilibre est aujourd’hui largement modifié sous la pression d’investisseurs internationaux créant un véritable « marché » de la dette.
Les comportements des acteurs évoluent en conséquence ; nous observons notamment ceci :
- les banquiers classiques sont plus exigeants et leur soutien – lié à leur relation commerciale avec l’entreprise – ne sera sans doute plus aussi acquis ;
- ces mêmes banquiers ont pris l’habitude de céder certaines des lignes à la suite d’arbitrages entre leur risque et la valeur de celle-ci sur ce marché de la dette ;
- les négociations se déroulent – dès lors – en présence de nouveaux acteurs pour la plupart anglo-saxons ;
- les interlocuteurs de la négociation pourraient ainsi changer (pour cause de cession) sur la durée des discussions rendant difficile une conclusion ;
- ces nouveaux acteurs interviendront avec leurs méthodes et leurs objectifs dont la diversité sera un frein à la recherche du consensus.
Dès lors, les conditions du refinancement seront durement négociées – vraisemblablement, dans certains cas, avec une fermeté peu habituelle – et les solutions pourront être radicalement différentes de ce que nous connaissons, aboutissant souvent à la prise de contrôle de l’entreprise par des créanciers beaucoup plus actifs.
Pourtant, dans ce contexte, encore largement mouvant, les créanciers – traditionnels ou nouveaux – font preuve de pragmatisme et il y a fort à parier que les solutions bien négociées feront apparaître des structure de bilan largement assainies.
Gardons nous donc de tout raisonnement simpliste. Cette évolution peut être une véritable chance pour l’entreprise tant il est vrai que le pragmatisme et la flexibilité dans l’approche des solutions est nécessaire pour envisager le refinancement. Pour autant, elle nous impose de remettre en cause nos habitudes et nos façons de faire. Elle nous impose de repenser les négociations. Elle nous impose, enfin, de reconstruire – et de communiquer – des règles dites « de place » afin de faciliter la recherche de solution.
La relation entre l’entreprise et ses créanciers doit être revue si l’on veut éviter de donner raison aux cassandres.
C’est à ce prix que nous remplirons notre rôle de professionnels, en permettant à nos clients de trouver des solutions pérennes dans un cadre compris de tous, organisé et transparent.
Ce défi sera celui de l’ARE et de ses membres pour l’année qui vient !
Nicolas de Germay
Président de l’ARE