L'entretien
60000 Rebonds aux côtés des entrepreneurs
Entretien avec Philippe Fourquet
Président de la Fédération des Associations 60000 Rebonds
60000 Rebonds aux côtés des entrepreneurs
Quels sont les défis auxquels 60000 Rebonds fait face aujourd’hui ?
60000 Rebonds fédère dix associations territoriales et près de 80 antennes locales, ce qui permet d’être au plus près des entrepreneurs sur l’ensemble du territoire. En 2025, nous avons accompagné 1 650 femmes et hommes pour les aider à rebondir après l’échec de l’entreprise qu’ils dirigeaient.
En 2025, près de 70 000 entreprises ont eu recours à une procédure collective et nous devrions rester à ce chiffre élevé en 2026.
Or tous les entrepreneurs confrontés à l’échec ne connaissent pas notre association. Et même lorsqu’ils en ont entendu parler, ils nous contactent souvent tardivement, après avoir traversé les phases bien connues de déni, de colère, voire de dépression, avant d’envisager la suite.
Dans ce contexte, notre principal défi est d’être visibles et accessibles, à la fois pour ces entrepreneurs et pour les conseils vers lesquels ils se tournent naturellement. C’est un enjeu majeur d’être fléché par ces derniers, car la plupart des situations concernent des TPE et des TPI pour lesquelles l’expert-comptable reste souvent l’interlocuteur clé.
Quelle est votre action ?
60000 Rebonds travaille sur quatre axes principaux.
Anticiper. Plus les difficultés sont détectées tôt, plus leurs conséquences peuvent être maîtrisées, même lorsque l’échec ne peut être évité. Nous travaillons donc à diffuser largement ce message auprès des professionnels et de l’écosystème entrepreneurial.
Construire le rebond. L’accompagnement par 60000 Rebonds peut durer jusqu’à deux ans. Il comprend sept séances de coaching gratuites et des entretiens mensuels avec un parrain, entrepreneur en activité ou à la retraite. À l’issue de ce travail, 80 % des accompagnés déclarent avoir fait le deuil de leur entreprise.
Apprendre à entreprendre. Dans bien des cas, l’échec s’explique aussi par un manque de formation. Être entrepreneur est un métier qui s’apprend. Il est donc essentiel, pour l’entrepreneur confronté à l’échec, de distinguer les facteurs extérieurs de ce qui relève de sa propre responsabilité. 35 % des personnes que nous accompagnons rebondissent vers l’entrepreneuriat. Nous leur proposons alors un parcours « Envol » pour tester leur nouveau projet et repartir sur de bons rails, avant de pouvoir les orienter vers les réseaux d’accompagnement à la création d’entreprises.
Changer le regard sur l’échec. En France, l’échec entrepreneurial reste souvent vécu comme une honte. L’isolement et l’auto-stigmatisation sont fréquents. Notre conviction est claire : l’échec ne définit pas la personne. Un entrepreneur doit pouvoir apprendre, se reconstruire et rebondir. Changer le regard sur l’échec libère la volonté d’entreprendre de la peur d’échouer et peut aussi diminuer l’appréhension à demander de l’aide en cas de premières difficultés, contribuant ainsi à un recours anticipé à l’accompagnement.
Quel message souhaitez-vous adresser aux conseils de ces entrepreneurs, dont beaucoup sont membres de l’ARE ?
Lorsqu’une entreprise échoue, l’entrepreneur se retrouve souvent très seul. Il est coupé de son entreprise, désormais entre les mains d’un mandataire, et parfois aussi de ses pairs et de son réseau.
Cette situation est particulièrement marquée pour les dirigeants de TPE et de TPI, qui représentent plus de 90 % des chefs d’entreprise confrontés à une défaillance. Dans ces structures, les services de conseil et d’accompagnement disparaissent souvent très rapidement lorsque les difficultés financières apparaissent. Dans le même temps, l’entrepreneur se retrouve face à un système qui cherche avant tout à identifier les responsabilités.
Il n’existe pas de réponse simple à cette situation, qui tend à stigmatiser l’échec et à freiner le rebond. Un groupe de travail piloté par Hélène Bourbouloux avait proposé de remplacer les « 3D », dépôt de bilan, divorce et dépression, historiquement associés à l’échec entrepreneurial, par les « 3R » : Récupération, Répit et Rebond.
C’est par une mobilisation collective que nous pourrons faire évoluer notre regard sur l’échec et favoriser le rebond des entrepreneurs.
Eclairage académique
De quoi les « conventions de mise à disposition » sont-elles le nom ?
Par Jean-Jacques Ansault
Agrégé des Facultés de droit, Professeur à l’Université Paris-Panthéon-Assas, Co-directeur du Master Ingénierie contractuelle.
De quoi les « conventions de mise à disposition » sont-elles le nom ?
La convention de mise à disposition, pierre angulaire de la fiducie-sûreté, cristallise un enjeu majeur : permettre au constituant de conserver l’usage de ses actifs tout en paralysant, en cas de procédure collective, les droits du bénéficiaire, réduit au rang de simple créancier. Faute de critères légaux précis, c’est au juge qu’il revient de trancher — au risque d’incertitudes que praticiens et parties ne peuvent se permettre d’ignorer.
1.- La mise à disposition dans la fiducie-sûreté : un mécanisme aux conséquences redoutables.
Chacun sait tous les enjeux qui roulent sur la portée de la qualification de « convention de mise en disposition », par laquelle le constituant d’une fiducie-sûreté conserve l’usage et la jouissance de l’actif affecté. Texte de droit commun, l’article 2018-1 du Code civil l’évoque en précisant son régime en présence d’une fiducie portant sur un fonds de commerce ou sur un immeuble à usage professionnel et ce, pour exclure les règles, pourtant d’ordre public, de la location-gérance et du droit des baux commerciaux. Surtout, lorsqu’intervient une procédure collective du constituant, l’existence d’une telle convention paralyse pour partie les droits du bénéficiaire de la fiducie (C. com., art. L. 622-23-1 ; C. com., art. L. 631-14).
2.- Quand le juge supplée le silence du législateur.
Il s’agit ici de favoriser les chances de redressement du failli en autorisant l’entreprise à continuer d’exploiter les biens affectés en garantie. Pour le dire vite, en soumettant le bénéficiaire de cette fiducie sans dépossession à l’arrêt des poursuites individuelles, le droit des procédures collectives le relègue au statut de simple créancier en le privant de son statut de véritable propriétaire. Au regard de ce dernier enjeu en particulier, l’on ne s’étonnera pas que les parties ferraillent sur les contours exacts de cette convention, et ce dans un contexte où le législateur s’est abstenu d’en fixer précisément les critères. Si le choix de ne pas enfermer les parties dans un système trop rigide en privilégiant une approche fonctionnelle est louable, il conduit aussi à abandonner au juge la maîtrise de la qualification à l’aune des clauses contractuelles à l’œuvre. Et de fait, les magistrats ne sont pas liés par l’intitulé donné par les parties.
3.- Des cas évidents… aux zones grises.
Certes, dès lors que les stipulations examinées témoignent à l’évidence de ce que le constituant tire les fruits des biens en question et les utilise afin de l’exploiter économiquement – songeons notamment aux stocks ou autres machines-outils ou encore à des flottes de véhicules –, la qualification de « convention de mise à disposition » ne fera pas débat. Reste que l’organisation juridique de la dissociation entre, d’une part, le droit de propriété conférant l’exclusivité du bénéficiaire sur la valeur d’actifs affectés à titre de garantie, et, d’autre part, la jouissance et l’usage des actifs en fiducie, qui restent entre les mains du constituant, se révèlent parfois plus floues.
4.- Quand le mandat d’encaissement résiste à la requalification.
Une décision de la Cour d’appel de Bordeaux du 18 décembre 2023 (n° 23/04451), rendue à propos d’une fiducie sur des actifs immobiliers, témoigne des subtilités de la matière. Après avoir démêlé un réseau de relations contractuelles complexes, les juges bordelais ont finalement considéré que les parties avaient eu recours à un mandat d’encaissement des loyers, lequel ne saurait être requalifié en contrat de mise à disposition dès lors que le fiduciaire ne cessait pas d’exercer ses fonctions et de réaliser les missions qui lui incombaient en cette qualité. Plus fondamentalement, les critères appelés à être mobilisés pour déterminer le titulaire de l’usage ou de la jouissance, notamment pour les actifs incorporels comme des titres sociaux demeurent discutés. A ce propos, l’attribution conventionnelle, entre les protagonistes, des droits politiques et pécuniaires inhérents à la qualité d’associé s’avère essentielle.
5.- Droits politiques et pécuniaires des associés : un critère décisif encore disputé.
Dans l’affaire « Camaïeu », la faculté pour le bénéficiaire de la fiducie-sûreté, en cas de défaut, de donner des instructions au fiduciaire dans l’exercice de ses droits de vote n’a pas été jugée suffisante pour altérer la nature de la garantie et en faire une fiducie-sûreté sans dépossession. Pour autant, des voix se sont élevées, par ailleurs, pour promouvoir cette qualification si le constituant continue à donner au fiduciaire ses indications de vote et s’il conserve la maîtrise de la destination des dividendes. Et de fait, les parties ne sauraient s’extraire de ces subtilités en indiquant que les droits octroyés au constituant sur les actifs fiduciaires ne constituent pas une convention de jouissance au sens des dispositions en cause. Cette stratégie de contournement se solderait par un échec : le juge leur rappellerait le caractère d’ordre public incontestable des règles applicables. Quoi qu’il en soit, dans cet environnement juridique encore incertain où la Cour de cassation n’a pas été encore amenée à se prononcer, il appartient certainement aux praticiens d’attacher un soin tout particulier à la rédaction des conventions de mise à disposition.
L'actualité des comités
Classes de parties affectées, fiscalité du retournement : la nouvelle offre du Comité Formation
Fidèle à sa mission visant à « maintenir et à améliorer la performance des professionnels du retournement et de la restructuration », l’ARE propose depuis plusieurs années des sessions de formation – inter ou intra-entreprises – couvrant l’ensemble des expertises du secteur : management, finance, droit et actualité du retournement.
Le comité formation joue un rôle clé dans ce dispositif en concevant et en organisant des programmes destinés aux acteurs du restructuring. Son ambition est double : favoriser l’émergence d’une culture commune entre les intervenants et contribuer activement à la dynamique de l’association. Il a mis en place plusieurs cycles de formation : le droit social et le droit des sûretés appliqué au retournement, les chiffres et la crise, etc.
Cette année, l’offre s’enrichit d’une nouvelle formation dédiée à la fiscalité du retournement, dont la première session se tiendra le 22 septembre.
A l’horizon 2027, un programme phare proposera un bilan de cinq années de pratique des Classes de Parties Affectées (CPA).
Animé par Eugénie Amri et Guillaume Bouté, le comité formation reste ouvert à toutes les contributions et initiatives. Contactez-nous.
Comité International : un colloque de haut niveau pour faire dialoguer les pratiques
Le Comité International de l’ARE, après s’être réuni il y a mois avec 25 membres invités, s’est lancé entre autres initiatives dans l’organisation d’un colloque qui se tiendra le 23 novembre prochain. Cet événement s’inscrit dans la mise en avant de notre pratique française et vise à renforcer les échanges entre praticiens et experts issus de différents horizons.
La préparation de ce colloque est menée par Florent Berckmans, responsable du Comité, avec l’appui précieux de Caroline Texier, Fabienne Beuzit et Catherine Gralitzer, dont l’engagement contribue activement à la définition des thématiques, à la structuration du programme et à l’organisation générale de cette rencontre. L’objectif est de proposer un événement de haut niveau, favorisant le partage d’expériences, la confrontation des pratiques et l’ouverture à de nouvelles perspectives internationales.
Ce colloque constituera ainsi un temps fort pour l’ARE, un espace de réflexion et de dialogue à l’échelle internationale.
Simplification du Livre VI, présidentielle 2027 : le Comité des Lois, des Techniques et des Pratiques à l’œuvre
Après un appel à volontaires auquel Matthieu Barthélémy, Sandra Beladjine, Philippe Berteaux, Jérôme de Chanaud, Céline Domenget-Morin, Théophile Jomier, François Kopf, Alexis Rapp, Céline Sutter-Monnier et Virginie Verfaillie ont répondu présent, le Comité des Lois, des Techniques et des Pratiques 2026 a initié ses travaux.
Animé par Hadrien de Lauriston et Serge Pelletier, il porte la voix de l’ARE auprès du Groupe de Travail sur la simplification du Livre VI sur les Classes de Parties Affectées, l’opportunité du rapprochement de la sauvegarde et du redressement judiciaire et la simplification de certains aspects de la procédure (vérification des créances, revendication, etc.).
L’objectif est d’envoyer une note par thème – elles seront bien sûr partagées avec l’ensemble des membres – d’ici fin avril pour alimenter utilement le rapport du Groupe de Travail qui devrait restituer son rapport en juin 2026.
Sauf actualité spécifique, le chantier qui suivra sera celui des recommandations aux candidats à la Présidentielle 2027 qui démarrera très vite pour aller rencontrer les équipes de campagnes qui se constitueront vraisemblablement au cours du 2e semestre 2026.
Le Comité aura besoin de bras !
Comité Territoires : cap sur Bordeaux 2026 et sur une nouvelle dynamique en région
Le Comité Territoires est né en 2020 pour faire rayonner l’ARE en régions et favoriser le dialogue entre les acteurs de la restructuration, publics, judiciaires et privés.
En 2021, la signature par l’ARE du Plan de sortie de crise a donné un élan à cette dynamique : plus de 45 membres de l’ARE se sont mobilisés pour siéger dans les comités départementaux.
Ces comités de sortie de crise, devenus le Comité national et les comités départementaux d’accompagnement et de soutien aux entreprises en difficulté (CNASED et CDASED), se réunissent régulièrement pour faire le point sur la situation économique et sociale, les aides aux entreprises et les bonnes pratiques.
En 2026, la Charte de confiance, lancée sous l’impulsion de la Médiation des entreprises et de la Médiation nationale du crédit, et signée par l’ARE, prévoit des actions concrètes pour sensibiliser les chefs d’entreprise à la nécessité d’anticiper les difficultés, au cœur de l’ADN de l’ARE depuis sa création.
Avec ses partenaires en région, l’ARE organise un colloque annuel pour les chefs d’entreprise. La prochaine édition se tiendra à Bordeaux le 26 juin 2026, en partenariat avec le MEDEF Gironde, avec l’intervention du président du tribunal de commerce de Bordeaux, d’un des CRP et du service économique de la Région Nouvelle-Aquitaine. Si vous souhaitez y participer ou sponsoriser l’événement, vous êtes les bienvenus et pouvez contacter Patricia Le Marchand côté programme et Elisabeth Gourdon pour en être partenaire.
En 2026, le Comité Territoires va se structurer davantage avec un responsable par région pour coordonner ses actions. Vous avez été nombreux à répondre à l’appel à candidatures et nous reviendrons bientôt vers vous pour déployer cette dynamique.
L'agenda de l'ARE
Inscriptions ouvertes
Jeudi 7 mai - Déjeuner au Pavillon Ledoyen autour de Laurent Suster, Directeur de cabinet du ministre de l’Industrie et Directeur de cabinet adjoint du ministre de l’Economie
Informations et inscription ICI
Mardi 19 mai matin – Tournoi de golf au Golf de Joyenval (situé à 20 mns de Paris)
Informations et inscription ICI
Save-the-date
Mardi 2 juin - Déjeuner au Pavillon Ledoyen
Jeudi 2 juillet - Déjeuner d’été au Polo de Paris
Jeudi 25 juin - Petit-déjeuner autour de Patrice Geoffron – Professeur d’économie, Directeur du Centre de Géopolitique de l’Energie et des Matières Premières (CGEMP), Université Paris Dauphine-PSL
Jeudi 24 septembre – Petit-déjeuner autour de Alain Durré, Managing Director, Head of EMEA Macro Research – Chief Economist, Europe, Natixis CIB











